Lettre de Madame Georges Sand, à Alfref de Musset :
(Voila pourquoi j'aime la pOesie, la litterature, et tOute ces grandes femmes qui savaient ecrire l'amour)
Non, mon enfant chéri, ces trois lettres ne sont pas le dernier serrement de main de l'amante qui te quitte, c'est l'embrassement du frère qui te reste. Ce sentiment-là est trop beau, trop pur, et trop doux, pour que j'éprouve jamais le besoin d'en finir avec lui. Que mon souvenir n'empoissonne aucune des jouissances de ta vie, mais ne laisse pas ces jouissances détruire et mépriser mon souvenir. Sois heureux, sois aimé. Comment ne le serais tu pas ? Mais gardes moi dans un petit coin secret de ton c½ur, et descends-y dans tes jours de tristesse pour y trouer une consolation, ou un encouragement.
...
Aime donc, mon Alfred, aime pour tout de bon.
Aime une femme jeune, belle, et qui n'ait pas encore aimé,
Ménage-la, et ne la fais pas souffrir.
Le c½ur d'une femme est une chose si délicate..
..quand ce n'est pas un glaçon ou une pierre !
Je crois qu'il n'y a guère de milieu,
Et il n'y en a pas non plus dans ta manière d'aimer.
Ton âme est faite pour aimer ardemment,
Ou pour se dessécher tout à fait.
...
Tu l'as dit cent fois, et tu as eu beau t'en dédire
Rien, rien n'a effacé cette sentence là,
Il n'y a au monde que l'amour qui soit quelque chose.
Peut être m'as-tu aimée avec peine,
Pour aimer une autre avec abandon.
Peut être celle qui viendra t'aimera-t-elle moins que moi,
Et peut être sera-t-elle plus heureuse,
Et plus aimée.
...
Peut être ton dernier amour sera-t-il le plus romanesque et le plus jeune,
Mais ton c½ur, mais ton bon c½ur, ne le tue pas,
Je t'en prie.
Qu'il se mette tout entier
Dans toutes les amours de sa vie,
Afin qu'un jour tu puisses regarder en arrière
Et dire comme moi, j'ai souffert,
Je me suis trompé quelquefois,
Mais j'ai aimé.